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Informations générales sur les perles

L’UTILISATION DES PERLES AU TRAVERS DES ÂGES.Collier de perles "keishis" et "coins"

 

Depuis bien longtemps, les perles sont considérées comme des gemmes des plus précieuses malgré leur faible dureté (comparée à celle des rubis, saphirs, émeraudes, diamants…).

Les perles et nacres furent recherchées par les civilisations orientales (chinoise, indienne et arabe) pour orner meubles, instruments, armes et bibelots précieux pour les rehausser grâce à des incrustations mettant en valeur le travail de l’artisan.

Comme les autres matières organiques, elles font partie des premières gemmes à être utilisées pour les bijoux car la mise en évidence de leur beauté ne requiert aucun travail de taille.

 

Il y a plus de trois mille ans, les Chinois pratiquaient déjà la culture de perles (lac Tahu, Kiangsu) en utilisant des moules, dans le but de faire recouvrir divers objets d'un manteau de nacre. Par la suite, ce furent des fines figurines de plomb à l'effigie de Bouddha qui servirent de noyau. Les perles fines (celles qui ne sont pas cultivées) étaient recherchées dans le sud de l'Inde et dans le golfe Persique. Les zones d’exploitation commerciale se sont étendues et déplacées avec le temps (Chine, Sri Lanka, Birmanie, Amérique, Japon, Sud-est asiatique, Australie, Polynésie française).

 

Les Hellènes croyaient que les perles étaient parvenues aux anciens grâce à Hercule qui les aurait rapportées d’un de ses voyages en Inde pour en faire cadeau à sa fille Pandée.  Signalons qu’en grec le mot « margarites » désigne la perle. « Margarites » a donné naissance au mot latin « margarita ».  Les anciens pensaient que les perles étaient produites à partir d’un coquillage né de l’écume de la mer. Il est fait état de leur nature organique dans la littérature gréco-romaine mais elles semblent absentes des manuels médicaux de l’époque.

Pline l’Ancien a décrit la peau des perles en structure lamellaire multiple et supposait que le tonnerre leur conférait des bulles...

On pensait à l’époque que leur structure molle se durcissait lorsqu’elles étaient sorties de l’eau.  Ammien Marcellin a émis l’hypothèse que les perles se formaient grâce à la rosée qui pénétrait dans le coquillage en certaine saison. D’autres auteurs ont repris cette théorie et indiquaient que la « fécondation »  devait se faire la nuit.  La valeur des perles était essentiellement déterminée par leur forme, leur éclat et surtout leur poids.

 

On retrouve des histoires liées à la perle dans la mythologie indienne qui est organisée autour de Krishna. À cette époque, ces gemmes provenaient essentiellement d’Inde, de Taprobane (Sri Lanka), de la mer Rouge et du golfe Persique.

 

La pêche aux perles était périlleuse car les requins sillonnaient les mers chaudes. Différentes techniques étaient utilisées comme la pêche au filet, l’utilisation de cannes en bambou ou encore la récolte à la main.

En Inde, la perle possédait une signification spirituelle. Certaines statues étaient ornées de perles. Il est rapporté dans la littérature que certains dignitaires aimaient se coucher sur des lits de perles. C’est avec la conquête par Alexandre le Grand de certaines provinces indiennes que les occidentaux se rendirent compte de l’immensité des richesses indiennes. Des collections de bijoux de dignitaires indiens furent rapatriées en Grèce.

La perle était aussi utilisée comme monnaie d’échange et était considérée comme seconde matière précieuse après le diamant.

Après leur récolte, les perles étaient déposées dans des vases d’argile qui contenaient des sels afin que les parties charnues du coquillage soient attaquées.

 

Les Romains avaient pour mode de porter des perles en boucles d’oreille, en bagues ou enfilées sur des fils tressés dans les cheveux. Elles furent utilisées comme joyaux pour orner les costumes, fabriqués de fils d’or, de la cour des empereurs romains, conférant une dimension divine à ces vêtements.  Tout comme l’ivoire et les autres gemmes, la plupart des perles provenaient de Perse et d’Inde, et étaient utilisées comme monnaie d’échange entre l’Orient et l’Occident.

Divers écrits relatent que Caligula ornait ses pieds de perles. Néron possédait des sceptres ornés de perles. Les perles, tout comme les autres gemmes, étaient distribuées pendant les jeux du cirque.  Il était aussi coutume de mettre des perles dans le vin afin de les désagréger et ainsi de faire étalage de sa fortune auprès de ses hôtes.  Jules César appréciait aussi les perles. Après la conquête de la Grande-Bretagne (qu’il dédia à Vénus), il ramena une cuirasse sertie de perles. On a retrouvé sur des bijoux de cette période des pâtes de verre imitant les perles.  Malheureusement, très peu de perles datant de la période romaine ont été conservées car, après l’enfouissement des bijoux, les perles ont bien souvent été dissoutes dans les sols à cause de l’eau chargée en sels minéraux.

 

Le début du christianisme apporta quelques concepts sociaux révolutionnaires. En effet, les premiers chrétiens ne souhaitaient pas conserver le passé artistique et païen.  Les gemmes et bijoux étaient condamnés par le précepte de pauvreté et étaient considérés comme « objets de tentation ». La perle relevait pourtant de la création de Dieu. Elle fut alors considérée par certains penseurs comme un défaut de la coquille semblable à une « verrue dure ». Les femmes répondaient probablement à cet argument qu’elles aimaient profiter d’une création du divin.

 

Plus tard, la perle devint le symbole du sacrement des Augustins. Ils en ont fait le symbole d’une valeur spirituelle qui ne peut être dévoilée aux yeux de tous (car on ne peut la voir qu’une fois hors de son huître).  Au IXe siècle, on attribue à la perle l’emblème du Christ.  Thomas de Canterbury recommandait l’utilisation de la perle blanche pour soigner les maux d’estomac.

Au XIIIe siècle, Raymond de Lille s’est intéressé à la fabrication de fausses perles. À cette époque, suite aux épidémies de peste, les perles ont été reléguées au même rang que les plantes pour leurs propriétés supposées curatives

 

Lorsque les Espagnols arrivèrent au Mexique en 1533, ils remarquent la beauté des perles trouvées par les indigènes ainsi que l’habilité de ceux-ci à plonger. À partir du XVIe siècle, la majorité des grandes perles de couleur argentée, grise, aux reflets verts ou mauves, mises sur le marché en Europe, provenaient du golfe de Californie. Ces perles ornaient les parures des grandes familles et les objets de culte parmi lesquels ceux des cathédrales de Tolède et de Séville.

Les perles étaient présentes dans toutes les grandes villes d’Europe où elles étaient vendues aux acheteurs des banquiers qui les revendent ensuite aux souverains. Des écrits racontent qu’Elisabeth Ire (1533-1603) dut se contenter de fausses perles pour orner ses vêtements tellement la demande était forte.

Le port de colliers de perles était fréquent car, contrairement aux autres gemmes, elles pouvaient facilement être percées.

Au XVIIe siècle, les perles faisaient à nouveau partie des mets. Elles étaient broyées et mélangées à du jaune d’œuf à l’occasion des repas royaux.

 

Ce ne sera qu’en 1717 que Réaumur pourra expliquer la formation des perles suite aux observations qu’il a menées sur les cultures d’huîtres françaises.

Au cours de l’histoire, les perles seront aussi choisies comme emblèmes. Certaines héraldiques de pays européens les représentent.

À partir de 1870, les perles ont été intensivement recherchées à l'aide du scaphandre lourd. Suite à la demande grandissante, une exploitation peu rationnelle et l'appauvrissement de la mer, des tentatives de cultures sont faites au Mexique, au Japon, en Polynésie.

 

Tokichi Nishikawa est la première personne au Japon à être capable de produire des perles de culture sphériques. Le procédé est repris, développé et exploité par la suite par Mikimoto. Le brevet est déposé en 1896.

À la grande fureur de certains joailliers de la place Vendôme, ce sont des scientifiques français (dont Boutan vers 1920) qui ont contribué à la promotion des nouvelles techniques et des nouveaux produits en soulignant que les perles fines et les perles de culture résultent de la mise en œuvre du même mécanisme.

 

Lalique utilisa dans ses créations des pierres de lune, des opales, des émaux et des perles car celles-ci donnent des effets de lumière à la matière.

 

Au début du déclin de la perle naturelle, Louis Cartier fut escroqué. Il vendit une perle de 56 grains provenant du golfe Persique à un client qui souhaitait en acquérir une paire. Après quelque temps, on présenta à Louis Cartier une autre perle semblable mais deux fois et demie plus chère que la première. Le client étant d’accord de l’acheter, Cartier la commanda mais le client ne se présenta jamais pour venir la chercher.

 

Au début des années soixante, les Chinois produisaient des perles d’eau douce qu’ils vendaient exclusivement aux Japonais. Depuis lors, la Chine s’est ouverte au monde et vend directement sa production. Elle produit en quantité de plus en plus grande et crée de nouvelles variétés dont les qualités s’améliorent d’année en année, ce qui provoque une diminution des prix.


LA CULTURE

La perle est un produit naturel d’origine animale dont la récolte est annuelle. Celle-ci peut être bonne ou mauvaise. L’approvisionnement en perles dépend de nombreux éléments naturels difficiles à maîtriser (la température de l’eau, le taux de plancton, l’action de prédateurs, la salinité de l’eau...).

La distinction entre perle fine et perle de culture est une des principales questions posées aux gemmologistes lors de l'évaluation. Cette différence peut parfois être observée facilement mais, dans de nombreux cas, l'identification sera laissée à des laboratoires spécialisés utilisant les techniques de rayons X ou de pearloscopie.

Les perles peuvent être cultivées en eau douce ou en eau de mer. Les perles dites de "Tahiti" sont cultivées dans des mers chaudes et dans des grandes huîtres. Les perles de mer japonaises sont appelées "Akoya".

Il faut trois à quatre années pour qu'une huître perlière arrive à maturité et pour que l'on puisse y implanter un noyau. Ce dernier est généralement constitué d'une petite pièce, polie et sphérique de nacre. Introduite dans l'huître, la perle viendra se former sur ce noyau. Il faut encore y implanter un morceau du lobe du manteau d'une autre huître pour que, lentement, la perle commence à se former, résultat de couches successives d'aragonite, de calcite et de conchioline sécrétées par l'huître. La qualité de la perle résulte, pour une large part, de l'habilité avec laquelle le noyau a été introduit, mais aussi de l'environnement maritime dans lequel se trouve l'huître. C'est pourquoi les fermes perlières analysent continuellement et surveillent rigoureusement la qualité de l'eau, la quantité de plancton et les variations de température. De nombreuses fermes perlières se trouvent dans des baies aux eaux tranquilles. Ces baies sont divisées en différents secteurs adaptés à une phase bien précise de la culture perlière. Certains secteurs sont spécialisés dans l'élevage des huîtres, d'autres dans l'insertion du noyau.

Actuellement, les perles d'eau douce sont principalement cultivées dans des lacs et rivières près de Shanghai.

 

L'INSÉMINATION

L'huître est sortie de l'eau une demi-heure avant de commencer l'insertion du noyau afin qu'elle s'ouvre, ce qui facilite l'introduction de spatules permettant d’introduire le noyau et un morceau de tissu du manteau. L'opérateur découpe un petit canal dans lequel il introduit le noyau et la pièce de tissu d'une autre huître. Ce tissu survit à peu près deux heures une fois que l'huître a été ouverte. La pièce de tissu provenant du manteau est proportionnelle à la grosseur du noyau. Généralement, le noyau provient d'une boule taillée dans un coquillage appelé « unio » que l'on trouve dans le Mississippi. L'opération d'insertion du noyau doit se dérouler rapidement afin d'éviter d’occasionner tout dommage à l'huître. Plus longtemps les huîtres restent ouvertes, plus le taux de mortalité est grand.

 

Afin de réussir cette opération le mieux possible, l'opérateur travaille avec des outils appropriés, notamment des pinces permettant de maintenir le coquillage ouvert et de nombreux petits outils comparables à ceux utilisés en chirurgie. Plus le noyau introduit dans l'huître est long, plus la probabilité que la perle devienne baroque est grande et plus il y a de chance que l'huître rejette le noyau introduit.

Après la greffe, les huîtres sont amenées dans des eaux profondes où la température est stationnaire.

 

LA RÉCOLTE

Avant la « culture perlière », il fallait, pour récolter une perle fine, ouvrir plus de 500 pinctadines (huîtres) dans le golfe Persique, 5 000 dans l'Archipel philippin et 15 000 pour obtenir une perle noire de Polynésie.

Actuellement, la production de perles et de nacre est devenue la base d’un système élaboré ne laissant aucune place à l’improvisation.

Les huîtres sont ouvertes à l'aide d'un couteau. Les muscles adducteurs (qui servent à l’ouverture et à la fermeture du coquillage) sont ensuite coupés et mis de côté. Ils peuvent être frits pour servir dans l'industrie alimentaire.

Moins de la moitié des perles récoltées sont de qualité suffisante pour être utilisées en joaillerie. Celles dont la qualité est insuffisante sont utilisées pour l'industrie cosmétique. Les perles sont nettoyées afin de leur enlever le mucus ou les autres saletés qui ont adhéré. Ensuite, un rapide premier tri est effectué pour séparer les perles sphériques des perles baroques.


LA COMPOSITION

La nacre irisée et chatoyante est sécrétée par le manteau qui enveloppe le corps des huîtres et des moules. Ce procédé naturel est appelé « biominéralisation ».

La nacre peut se définir comme une surface irisée et brillante qui reflète la lumière et la décompose par interférence. L’éclat pourrait être considéré comme le «brillant » et l’orient comme l’irisation mais ces critères ne sont pas mesurables et définissables avec précision. L’observation de sa structure complexe peut se faire au microscope électronique à réflexion.

Les perles sont composées de carbonate de calcium (cristaux d'aragonite), de conchioline (une matière organique servant de liant aux petits cristaux d'aragonite) et d’eau. C'est cette structure cristalline concentrique de couches se superposant qui permet à la lumière d'être diffractée sur les différentes couches de nacre et de produire ces effets irisés.

Le poids des perles est exprimé en mommes (une momme équivaut à 3,75 grammes) ou en grains (un grain équivaut à 1/4 de carat).

 

 

LES QUALITÉS

 

Les perles sont enfilées par rang de même qualité.

Pour cette raison, les perles sont classifiées en utilisant des références fixes qui sont :

  • la taille,
  • la couleur,
  • la forme,

  • la peau de la perle (les aspérités de peau de la perle),

  • l'orient,

  • la nature de la perle (perle d'eau douce, perle de culture Akoya, perles de Tahiti, perles de strombus gigas, melo melo…).

Les perles de qualité, de forme ou de couleurs différentes sont classées d'après l'emploi auquel elles seront destinées (complètement forées, ½ forées, ¾, etc.). La détermination de la couleur des perles se fait au moyen d'une analyse chromatique. L'appareil utilisé pour déterminer la couleur fonctionne grâce à un rayon lumineux envoyé sur la perle. L'instrument analyse et étudie la réflexion lumineuse.

Des spécialistes effectuent des contrôles pour vérifier la qualité de ce premier triage.

Généralement, avant d'être utilisées en bijouterie, les perles sont forées. Pour chaque perle, on choisira une position pour le forage qui permet à la perle de mieux montrer sa beauté en prenant en considération des critères de qualité. Après que les perles ont été soigneusement réunies en groupes, elles sont soigneusement rangées et enfilées.

 

 

L'ÉVALUATION

Du fait de la grande variété de formes et de couleurs, il est difficile d’obtenir des produits « standard ». Chaque perle est unique par sa couleur, son lustre, sa peau, son diamètre, sa pureté, son poids.

Il n’est pas aisé de composer et de graduer un collier car un même collier comprend des perles de différentes sortes. La part relative de chaque critère qui permet d'évaluer la beauté des colliers ne dépend que des goûts personnels de chacun.

La valeur accordée à la couleur dépend de la région dans laquelle les perles sont vendues.

Généralement, la quantité de ton rosé que contient une perle augmente sa valeur.

Lorsque l'on juge de la couleur d'une perle, l'on tient compte non seulement de la couleur propre à la perle, mais aussi de son éclat (son brillant).

La couleur ainsi que le diamètre sont choisis en fonction des goûts et des moyens de chacun, ce qui aboutit toujours à un compromis. Il est difficile de trouver deux perles parfaitement identiques. Même lorsqu'elles paraissent fort semblables, il existe de petites différences à peine perceptibles.

 

Les perles enfilées sont classées en deux catégories : le chocker et la chute.

On appellera chocker des perles de même diamètre et chute un ensemble de perles qui diminuent progressivement de grosseur.

 

 

BIEN PRENDRE SOIN DES PERLES

Les perles étant produites par un organisme vivant, elles nécessitent des soins particuliers afin de les protéger de la sécheresse ambiante et des attaques acides.

- N'entreposez pas vos perles dans un endroit trop chaud ou sec, elles pourraient se dessécher.

- Si vous déposez des bijoux dans un coffret, veillez à ce que vos perles ne frottent pas contre d'autres bijoux, cela pourrait les griffer.

- N'utilisez de la laque, du parfum ou du maquillage qu'avant de mettre votre collier, ne mettez pas vos perles en contact avec des agents de blanchiments (dont les lessives) ou de l’eau de Javel.

- Faites enfiler les perles en les séparant par des nœuds. Vous éviterez ainsi qu'elles ne se frottent les unes contre les autres, ce qui peut les endommager, ou de toutes les perdre si le collier venait à casser. Lorsque le collier est porté fréquemment, il convient de vérifier l'enfilage de temps en temps.

 

 

BIBLIOGRAPHIE DES NOTES :

Carino M., Monteforte M., HISTORY OF PEARLING IN LA PAZ BAY, SOUTH BAJA CALIFORNIA, Gems & Gemology, 1995, p. 88 à 105.

Coeroli M., TAHITI CULTURED PEARL, The Australian Gemmologist, 1994, p. 388 à 394.

Doumenge F., Toulemont A., NACRES ET PERLES, édité par le Musée Océanographique de Monaco, 1992.

Farn A. E., PEARLS NATURAL, CULTURED AND IMITATION, Butterworths, 1986.

Genot L., LE MINI-GUIDE DE LA PERLE, Editions Genot

Shinsoshoku, PEARLS OF THE WORLD, édition les Joyaux, 1991.

 


 

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